# Joel Meyerowitz — Porch, Provincetown, 1977
Je me souviens de la première fois où j'ai vu Porch, Provincetown. C'était dans une librairie parisienne, l'été dernier, entre deux expositions. Je feuilletais Cape Light, ce livre de Joel Meyerowitz publié en 1979, qui a dépassé les 100 000 exemplaires et transformé la photographie en couleur en un art légitime. Une page s'est ouverte sur ce porche blanc, et j'ai arrêté de respirer. Ce n'était pas une réaction intellectuelle. C'était physique. La lumière dorée qui sortait de l'image m'a frappé au ventre.
Je revois cette photographie chaque fois que je pense à ce que la photographie contemporaine peut accomplir quand elle renonce à tout sujet pour ne garder que la sensation. On y voit un porche en bois, peint en blanc, baigné d'une lumière qui semble venir de partout et de nulle part à la fois. Une chaise longue, des barreaux verticaux, une porte entrouverte. Rien de plus. Et pourtant, tout est là. Meyerowitz ne photographie pas une maison. Il photographie ce que la lumière fait à une maison. Comment elle la dissout, la transforme, la rend à la fois réelle et irréelle.
Ce qui me frappe quand je regarde cette image, c'est le silence. Avec mon Fuji X-T4, je chasse le bruit. Les rues, les gens, l'action. Meyerowitz, lui, a posé son trépied et a attendu. Le Deardorff 8×10 est l'antithèse de la spontanéité. Chaque prise de vue est une cérémonie. Le photographe disparaît sous une cape noire. L'image, dans le viseur, est à l'envers. Cette inversion force un détachement étrange : vous ne voyez plus la scène, vous voyez une abstraction de la scène. C'est peut-être là que réside le secret de Meyerowitz. Il n'a pas photographié un porche. Il a photographié une idée de porche.
La couleur, dans Cape Light, n'est pas décorative. Elle est le sujet. Meyerowitz l'a dit lui-même : « La couleur décrit plus de choses. Elle joue sur une bande plus riche de sentiments, plus de longueurs d'onde, plus de radiance, plus de sensation. » Dans Porch, Provincetown, le blanc du bois n'est pas blanc. Il est crème, il est or, il est presque rose là où le soleil décline. Les ombres ne sont pas noires. Elles sont bleues, violettes, infiniment nuancées. C'est cette précision chromatique qui distingue Meyerowitz des autres pionniers de la couleur comme William Eggleston ou Stephen Shore. Eggleston cherche le bizarre dans l'ordinaire. Shore documente l'Amérique avec une froideur clinique. Meyerowitz, lui, veut que vous ressentiez la lumière comme il la ressentait.
Le choix du grand format est décisif. Les plaques 8×10 capturent un détail hallucinant. Chaque grain de bois est visible. Chaque variation de lumière est enregistrée. Mais ce détail n'est jamais ostentatoire. Il sert l'atmosphère. Il crée une présence physique que la petite image 35 mm ne peut pas atteindre. Quand je regarde mes propres fichiers RAW, souvent pris à la volée, je mesure le fossé. Meyerowitz ne prenait pas des photos. Il construisait des images, une par une, avec une patience que je n'ai presque jamais.
Il y a aussi quelque chose de mélancolique dans cette photographie. Provincetown dans les années 1970 n'était pas la station balnéaire chic d'aujourd'hui. C'était un village d'artistes, de pêcheurs, d'exilés. Norman Mailer y vivait. Robert Motherwell aussi. Meyerowitz faisait partie de cette communauté. Son porche n'est pas n'importe quel porche. C'est un porche de l'Amérique marginale, celle qui se tient à l'écart des autoroutes et des centres commerciaux. La lumière du Cap, disait-il, semblait illuminer la nature de l'intérieur. C'est cette illumination intérieure qu'il a poursuivie, été après été, de 1976 à 1982.
Cape Light fut publié en 1979, puis réédité à plusieurs reprises. En 2016, la galerie Huxley-Parlour à Londres organisa la première grande rétrospective londonienne de la série, avec onze tirages pigmentaires d'archive. L'exposition coïncidait avec la réédition du livre par la Fondation Aperture. J'ai découvert cette rétrospective en ligne, bien après coup, et j'ai passé une soirée entière à regarder les reproductions sur mon écran calibré. Ce n'était pas la même chose. Mais c'était déjà ça.
Soixante ans après ses débuts, Meyerowitz continue de photographier. Mais ces images du Cap Cod restent son testament visuel le plus pur. Elles disent : la photographie contemporaine n'est pas une question de sujet. C'est une question de regard. Et le regard de Meyerowitz, dans cette lumière particulière, était unique.
Je ne sais pas si je pourrais un jour prendre une photographie comme Porch, Provincetown. Je ne suis pas sûr de vouloir le pouvoir. Ce qui me suffit, c'est de savoir que cette image existe. Qu'elle est là, quelque part, dans un livre ou sur un mur, à rappeler que la lumière du soir sur du bois blanc peut être une raison de vivre. C'est peut-être ça, au fond, que je cherche quand je sors avec mon appareil. Pas la photo parfaite. Mais ce moment où la lumière devient suffisante.
Ce que j'aime dans cette image, c'est qu'elle ne demande rien. Elle n'attend pas que vous compreniez quelque chose. Elle est simplement là, offerte, comme la lumière elle-même. Et je me demande si un jour, en regardant mes propres fichiers, je trouverai quelque chose qui ressemble à cette offrande.
Cet article a été publié dans le magazine Dans l'œil du photographe. Pour aller plus loin, retrouvez tous nos regards sur la photographie contemporaine et classique, nos tests matériel et la rubrique « Dans Mon Sac » sur notre site.